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vendredi 15 septembre 2017

POURQUOI J’ÉCRIS ?

Tu vis, arrimée à l'établi, les yeux rivés à l'écran d'ordi, les doigts nerveux sur le clavier.
Sept jours sur sept. 
Douze heures sur vingt-quatre.
Parfois plus. Souvent plus. 
Tout le temps plus.

Tu écris.


Tu lis, la nuit. Dans ton lit. Le nez dans tes bouquins... enfin, surtout dans ceux des autres... 
C'est bon, les mots de ceux qui écrivent, c'est réconfortant. Ils sont fluides et délicieux, ils peuvent raconter des atrocités, ils coulent...

Les mots des autres sont une évidence.

Même s'ils ont coûté des heures et des heures d'effort à l'auteur arrimé à l'établi, les yeux rivés à l'écran d'ordi, et les doigts nerveux, impatients, et le clavier qui clic, clic, clic, et le thé qui refroidit dans la tasse, des fois qu'on louperait la phrase qui passe. C'est libre, une phrase, c'est furtif... ça vient, ça va, si on ne la pêche pas à temps, elle disparaît dans le néant et aucune autre n'a le pouvoir de la remplacer... alors, le thé... le thé grelotte. Le thé attend.

Le chat aussi... 
Le chat attend
Que l'histoire ait fini de dévorer 
l'auteur.

En attendant il va digérer l'écureuil
Chopé dans l'érable d'à côté. 
Le chat a le temps.

Le chat aime l'auteur
Parce que tous les deux chassent
Parce qu'ils n'ont ni l'un ni l'autre notion des heures.

Pourquoi j'écris ?
Parce que ça enivre
Parce que ça porte
Parce que ça vibre
Parce que ça emporte
Parce que ça file
Que ça spirale
Que ça plonge
Que ça envole
Parce que ça pleure et que ça rit
Parce que ça rit en pleurant
Et que ça pleure en riant
Parce que ça nuance
Parce que ça flanque la chair de poule 
Et la boule au ventre
Parce que ça remplit
Parce que ça illumine
Parce que je suis là
Dans l'histoire
Parce que je suis avec
Le personnage
Et que je tombe amoureuse de lui
Toujours, immanquablement, irrésistiblement
Parce que j'adore ce sentiment, cette émotion, cette sensation
D'amour.

Pourquoi j'écris ?
Pour planer
Sans rien boire ni fumer
Pour livrer et délivrer
Pour la musique
Des mots, des virgules, des parenthèses 
Qui crépitent, caressent, enrobent ou écrasent
Qui bondissent
Qui parlent et parlent et parlent et causent toujours
Et jouent
Qui font silence, aussi.
J'aime le son des mots qui résonnent dans ma tête
Ils bourdonnent.

Pourquoi j'écris ?
Pour recevoir
Pour partager
Pour prendre et garder
Pour rendre
Pour éprouver
Pour éparpiller les essaims d'idées
Comme des notes sur une portée
Pour les entendre chuchoter
Pour les entendre s'agiter
Pour les entendre
Il me semble que si l'on n'est pas sensible aux sons, on ne peut écrire
Mais peut-être que je me trompe...

Pourquoi j'écris ?
Pour me relire 
Et me dire que ça claque bien
Même si le lendemain, la magie n'est plus là
C'est divin de s'émerveiller 
De trouver le ton, la voix, la voie
C'est une grâce

Pourquoi j'écris ?
Pour avancer
à quinze mille signes par jour
Environ
Pour voyager
Sans connaître ma destination
Plus vite qu'un type qui prend le train pour aller loin
Parce qu'en train, on glisse le long
Alors que moi, j'entre dedans
Le paysage
Et le reste

Pourquoi j'écris ?
Pour des tas de raisons
Je ne les connais pas toutes
J'écris parce que c'est plus fort que moi
Parce que j'aime ça
Et que je ne sais rien faire d'autre.


(L'idée de l'instantané de texte, c'est d'écrire ce qui passe, en une minute chrono, sans retouche.)

jeudi 19 décembre 2013

POULET OU CHAPON ?

POULET OU CHAPON ?

Un grain d'absurde…..

(Propos de marché du Bourg de Bresse)

Cliquez pour agrandir
La Martinoire du Bastion à Bourg, Gustave Doré, 1845.
lithographie originale à la plume • Musée de Brou, Bourg-en-Bresse


– Y’a le poulet élevé au grain
Qu’a des mollets de coureur
Et y’a le menu grain
Qu’on sème à la Chandeleur.

– Oui mais le poulet en question
Mange-t-il ce qu’on sème ?
Ou les graines de son ?
(À savoir qu’un poulet aimant manger ce qu’on sème 
est un bon coureur.)

– Je vous retourne la question :
Est-il indispensable que le poulet coure ?
En conçoit-il du bonheur ?
Est-ce essentiel à la basse-cour
Le chapon cavaleur ?

– Hum… ne vous déplaise :
Le chapon cavaleur c’est un oxymore !

– Détrompez-vous : il est fort aise
Le chapon, de coincer sans danger
Les pucelles de poulailler
On se bécote, se déplumotte
Mais point de coucherie
Point de tracasserie !
Chacun chez soi quand vient la nuit.
L’avantage du chaponnage !

– Mais, dites-moi, le chapon…
Mange-t-il du blé ou bien du son ?

– Du son, je dirais. Du gros son, même !
Du genre à faire pleurer le daron
L’ampli poussé à fond
De quoi t’exploser la ferme !

– L’a un gros grain le chapon !

– Un grain certain.

– Vaut mieux prendre un poulet…

– Un poulet nourri au son
Qu’on récolte en juillet.

– En plus c’est moins cher qu’un chapon
Un poulet au son… pas d’hésitation !


– T’es pas un grain radin ?

Coq déplumé courant
François Pompon
(Plâtre, Musée des Beaux-Arts, Dijon)


Sinon............ y'a le coq...........................




Instantané de texte sur le thème "Grain" pour : 

Les M'auteurs Zanormots

But de l'exercice : 1 minute maximum pour l'écriture instantanée sur un thème donné.



mardi 23 avril 2013

PETIT À PETIT.... ... .. .


Image : Leszek Bujnowski

À ma Wid...


Passer
L’arme à gauche 
Échouer
Parce que tu es droitière
Rater
Ce coche
Tomber
En arrière

Petit
À petit
Tu t’engloutis

Et le temps qui passe devient le temps qui reste
Je le sens, je le sais, je le lis dans chacun de tes gestes…

Le désespoir
Te cueille
Le doigt sur la détente
Je refuse de voir
Le cercueil
De ta faucheuse en attente

Petit
À petit
Tu prends la sortie

Et le temps qui passe devient le temps qui reste
Je le sens, je le sais, je le lis dans chacun de tes gestes…

La mort est
Une brute épaisse
Une bouchère qui dépèce
Ta vie n’est
Qu’abîme
Qui t’abîme

Petit
À petit
Tu débâtis

Et le temps qui passe devient le temps qui reste
Je le sens, je le sais, je le lis dans chacun de tes gestes…


Dénouer
La corde pour te pendre
Happer
Nos mains qui se tendent
Sentir petit à petit
Ma flamme fragile
Qui palpite, se blottit
Dans ton âme fossile
À l’intérieur
De ton cœur
À l’heure
de la fin
Enfin.

Au diable vos verres
De liqueur amère
Buvons
Cette eau claire
Faisons
La mort buissonnière

Petit
À petit
Je t’envahis

Et le temps qui passe devient le temps à vivre
Je le sens, je le sais, je te délivre

Ma sœur, mon amie…

Image : Leszek Bujnowski


Instantané de texte écrit sur le thème "Petit à petit" pour :



http://mauteurszanormots.wordpress.com/2013/04/23/petit-a-petit/



jeudi 28 mars 2013

UNE BOUTEILLE À LA MER



Sa main sur la plume, le poids sur le papier, ses chagrins, l’amertume, ses douleurs déposées…
Des petits bouts d’elle, cette vie minuscule, ce qui lui donne des ailes, ses envies, ses reculs…
Les pas sur le sable, le message dans la main, la bouteille sur la table, qui partira demain…

≈≈≈≈≈

Je file sur la mer, le monde à ma portée. À l’abri sous le verre, le message enroulé.

Des vagues, du ciel, des creux.  Je divague et la houle m’entraîne. Je voyage, éternelle.

L’écume me perd, les brumes me noient, je vogue à la fortune d’un rayon de lune.
Je m’envole parfois, c’est un rêve, j’y crois…
Mais bientôt les vents me consument, les eaux sont enclumes.

L’âme dépolie, mes rondeurs évanouies, de voyager j’ai pris de l’âge et de la peine.
Je me sens pleine de chagrins en cage.
Les mènerai-je au rivage ?

La lettre dans mon ventre s’est salée, détrempée, il est temps que je rentre.
Que je trouve le port où m’échouer.

≈≈≈≈≈

Les algues m’accueillent sur un bout de terre noire.
On cueille ma mémoire en pétale.
Mon âme est ouragan, bourrasque, rafale...
Boire le cœur du vent. Arrêter le temps. Chut… … …
Les nuages tournent tournent et virent en rond. Le soleil mange l’horizon.
S’achève ce voyage.

Ôtez le bouchon. Déliez l'émotion.
Les doigts qui m’enlacent dressent une échelle. L’air expire mes secrets. ma parole se libère, mes souvenirs ont des ailes.
On déroule le papier qui s’étiole.
Je deviens ancre, je suis boussole.
Je livre celle qui jadis écrivait.

Je raconte sa main sur la plume, le poids sur le papier, ses chagrins, l’amertume, ses douleurs déposées… et enfin, un petit rien de tout, un petit tout de rien. Je dévoile. Une tâche en étoile. Son prénom délavé. Sa trace signée.

Je suis une messagère. Une bouteille sur la terre. 




Instantané de texte écrit sur le thème "VOYAGE" pour :


http://mauteurszanormots.wordpress.com/

jeudi 10 janvier 2013

Un pas. De trop.

S'évader sur fil de funambule 
Vouloir toucher la lune...




S'en aller, quitter
S'absenter
S'éloigner
S'échapper.
Lever le pied...
Et le poser ailleurs.
Mine de rien.
Être en équilibre, moi qui n'en ai pas.
Et tenir ma vie d'une main... 
de l'autre battre l'air.
pour voler. Comme un moineau.
Ni très loin, ni très haut.
Pour voir
Ce que ça fait
De sortir de sa bulle.

Sur fil de funambule 
De moi à la lune
Il n'y a qu'un saut.
Enjamber la fenêtre
Avancer
Un pas
Un autre
Dans ce qui n'existe pas 
Lâcher la rambarde et faire semblant de.
Y croire vraiment. 
S'envoler donc.
En piqué.


Puis.
S'écraser
Sur le trottoir
En bas.

Parce que je n'étais pas un oiseau.
Finalement.
Épitaphe
Ci-gît celle qui abandonna sa bulle.
ou
Ci-gît un drôle d'oiseau.

Questionnement post mortem 
Vaut-il mieux vivre cloîtré que s'écraser ?
Vaut-il mieux s'écraser que vivre cloîtré ?

Réponse (ou moralité) 
Il vaut mieux voyager dans sa bulle rebondissante.

 © Arthur-Coriolan Wilmotte
(Conseil : sortir de sa bulle pour visiter le site de ce très jeune photographe) 




Texte écrit sur le thème "bulles" pour : 
http://mauteurszanormots.wordpress.com/

"Un pas. De trop" a été sélectionné pour Le Printemps des Poètes, ici :

http://bmvlm.wordpress.com/2013/03/11/printemps-des-poetes-2/




lundi 22 octobre 2012

TOUT ÇA POUR QUOI ?

J'écris sur un blog d'auteurs... chaque mois, un nouveau thème est choisi. 
Chacun écrit librement, l'idée étant de créer de l'instantané de texte !
Pour ma part, je ne fais pas de brouillon, j'invente en direct ! Je vais là où l'inspiration me mène !
C'est très ludique, j'aime cette création sans contrainte ! Je ne prétends pas faire du beau ou du bon... mais l'exercice récréatif (re créatif ?) est intéressant !

"Fascinating"
Photo-manipulations by Vladimir Fedotko

En septembre, le thème, c'était : "dimanche".

Mon croquis de texte :

Dimanche

S’endimanche.
S’endimancher !
Sandy ment chez…
Qui ?
Cent dix manches…
Pour combien de bras ?
Cent dimanches, peut-être ?
Et le cent unième ?
Qu’en faire ?
S’endimancher ?

Cent dix manchées de cent dix manches ?
S’endimancher. Deux cent dix manches.
En laine… en soie.
En soi ?

Un peu de douceur
Un brin de chaleur
Pour réchauffer
Votre bout de nez
Le bout de vos pieds
Vos bras fluets
Votre petit coeur... 

Reste 94 manches...
Pour faire la manche.
Le dimanche ?
10, rue des Anches ?
De roseau ?
Quoi, de roseau ?
Les anches !

94 manches...

Pour faire la manche
Le dimanche
Dix rue des Anches.
Les filles se déhanchent...
Derrière la manche
L'oeil du clodo
Flanche. 
Ça rime ! 
Mais c'est con ! 
Bon.

Dimanche.
Dim et anche
L’un habille les gambettes
L’autre les becs de clarinette…
Sur l’un comme sur l’autre
Peut se poser la bouche.
La bouche blanche du Dim-anche.

Dimanche
Dis, manche !
Avec l’accent alsacien,
Ça veut dire :
Dis, mange !
Mange quoi ?
Ta choucroute !
En petit nègre alsacien, ça donne :
Dimanchoucroute !
Dimanche ou croûte ?
De pain ?

Tu retournes à ta manche rue des Anches pour un quignon de pain.
Reprends !

Dimanche
Étanche.
Derrière la vitre fermée
La pluie.
Tout est buée
Tout est flou.
Artistique ?
Diamanchartiste…
J’aime !
Dimanche chartiste !
C’est révolutionnaire !
Mais anglais.
Ah.
Sunday, alors !
C’est souriant le sun day !
Oui mais… le mot, c’est dimanche.
Ah.

Dimanche
Dominical Dies Dominicus 
La messe en latin ? 
Ou les croissants ? 
Dans le bol de chocolat... 
Sous la couette... 
Avec tendrépoux... 

J'aime les dimanche sous la couette entre les miettes ! 

Tout ça pour dire ça.


L'idée de l'instantané de texte, c'est d'écrire en une minute ce qui passe, sans retoucher.
D'autres textes d'auteurs sur le même thème :
http://mauteurszanormots.wordpress.com/