mercredi 9 juillet 2014

Carnet d'été (4) "Céline, par le cuirassier Destouches"... Festival de la correspondance à Grignan.



Jeudi 3 juillet. 19h00. 


Avec Denis Lavant et François Deblock


Lectures spectacles du soir, Collégiale. Sublime, magistral, théâtral.

Le soleil sur la façade. Pierre sable sablée dorée. Entre des murs… et des toits. Parfois, dans une fissure, une petite touffe de vert… la nature a le droit d’aimer les églises.

Haute collégiale. En face : hauts gradins étroits. Vélums en rayons. Larges. Longs. Dais de soleil dînant. Plusieurs centaines de places…"Céline, par le cuirassier Destouches." François Deblock, le jeune Louis… Denis Lavant, Céline.

On y est. Tout de suite. Au moment terrible de la bataille de Poelkapelle. Correspondance inédite du jeune Louis Destouches à sa famille… C’est un chant d’oisillon. C’est pas méchant pour un sou. C’est tout fragile, émouvant, juvénile. C’est tout étonné d’être là. ça ne comprend pas trop… L’aime sa jument, ce bon petit gars… l’aime pas les officiers qui sont bornés… mais toujours poli et gentil et pas tant révolté. C'est qu'il la trouve vite absurde, cette guerre...

En face. Céline. Parce que c’est Céline, Denis Lavant. Céline. Rugueux. Les pages du Voyage. Réponse de l’homme à l’enfant… " On faisait la queue pour aller crever"... je cherche… comment faut-il percevoir cet échange ?… Ce n’est pas une réponse de l’un à l’autre… Regard ? Parallèle ? Non. Perpendiculaire… En ricochet. L’un ricochant sur l’autre. Ça va. Ça vient sur scène. Ça se mêle, ça se touche, ça se pousse. Violent. L’un sur les épaules de l’autre. Le plus vieux sur le jeune. Le poids. "La môcheté". La Guerre, ça rend vieux, on le sait. Denis Lavant. Il sait par cœur Céline. Il ne lit pas, il est. Il a la voix qui rocaille, qui ripe, qui grêle. Je comprends, j’entends, pleure comme une pierre sèche sous une averse abondante. C’est énorme et confondant et puissant. Ça coule dans mon intérieur. La seconde d'avant, j’étais imperméable. Et vlan ! Vlan ! ça me percute de plein fouet. Me pénètre. Milliers de gouttes de plomb de Louis Destouches et de Louis Ferdinand. Le Voyage, je l’ai lu deux fois depuis cet hiver… Echos. Echos de Céline. Vlan ! Vlan ! Vlan ! Dans mon cerveau. La voix de cet homme, avec les mots de cet homme. Et, la voix de cet enfant avec les mots de cet enfant. Le second devient le premier… Petit à petit… c’est terrible… Métamorphose. Peur de l’homme. De la guerre que l’homme fait à l’homme. Céline, Louis Destouches, un, évidemment. Dépucelage. Dépucelage de l'horreur. Je comprends. Le vieux ne répond pas à l’enfant. Le vieux EST la réponse de l’enfant.

Merde. Putain de guerre de merde. C’est pas une grande guerre. Genèse de l’œuvre avec ces lettres… Que de naissances aujourd’hui, ai-je pensé. Ecrire une lettre, c’est naître… c’est se donner à quelqu’un en quelque sorte, et se donner, n’est-ce pas naître ?

Il faudrait lire souvent des lettres. Car elles permettent de naître, renaître indéfiniment. La correspondance brave la mort. Victoire des Lettres. le Verbe. "V".

Quand je lis, quand j’écris, je me sens soudain très vivante.

François Deblock et Denis Lavant


Applaudissements nombreux. Céline, étrangement, loin de m'accabler, me donne envie de regarder les turpitudes de la vie en face, sans ciller, et de crier : Vlan, vlan, VLAN !

Et.
Ecouter. Voir absolument. Ceci : Les riches, d'après Céline, célinien Denis Lavant
https://www.youtube.com/watch?v=aSWp8dC221s

Et. Entendre absolument (bis) :
Aussi, ceci : Interview de Céline... le docteur Louis Destouches... "J'ai cessé d'être écrivain, pour devenir chroniqueur... la vraie inspiratrice, c'est la mort."
https://www.youtube.com/watch?v=F5CuPJG4GW0

Lire :





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