dimanche 13 juillet 2014

Carnet d'été (6) "Jacques Vaché, dandy des tranchées"... Festival de la correspondance à Grignan.


Vendredi 4 juillet. 11h00.

Cour des Adhémar. 
Vélum de lin. Orangé des dossiers. Gramophone des cigales. Chut ! dit France Culture.
Rencontre littéraire. Patrice Allain raconte Jacques Vaché, écrivain sans œuvre. Lettres. Une nouvelle. Quatre dessins... à peine plus. 
Peut-être connaissez-vous le « groupe des Sârs », confrérie. Jeunes poètes révoltés. Désir de révolutionner la littérature. Ruades contre l’ordre établi.
« En route mauvaise troupe », revue de lycée. Juste avant quatorze ! la jeunesse flaire, la jeunesse pressent la déroute qui agite le monde. Une parution. Un exemplaire. Paru en… combien ? Rien… Un seul exemplaire encore connu ! C’est pour dire si c’était marquant pour qu’on en parle encore !
Guerre. Jacques Vaché, dix-huit ans sonnés, dandy des tranchées. Se moque de ne pas avoir de pain. Exige des foulards en soie dans ses colis ! Au milieu des « poilus », Jacques est rasé de près. Oui. Chaque jour, trouve le moyen de rester propre, chic, élégant. Se fait fabriquer un uniforme moitié de son camp, moitié du camp d’en face. Français ? Allemand ? Ni l’un ni l’autre. Sus à la guerre et aux camps ! Fallait oser !
1915. Vaché, blessé. Hôpital militaire. Là, rencontre d’une vie. André Breton. D’une vie ? Laquelle ? D’aucun dirait : la rencontre de la vie de Jacques, c’est André. Non. La rencontre de la vie d’André, ce fut Jacques. Breton en restera profondément marqué : " L'homme que j'ai le plus aimé et qui, sans doute, a exercé la plus grande et la plus définitive influence sur moi." confiera-t-il dans une lettre en 1949, à la soeur de Jacques........
1916, 17, 18… Jacque Vaché écrit… son œuvre sera épistolaire. Ecrit à André, à Théodore (Fraenkel), à Louis (Aragon). Oui. Ce n’est pas rien. A sa tante, à Jeanne Derrien, "Jeannette", son infirmière...
Ses « Lettres de guerre » (publiées par Breton, ensuite) qui deviendront une référence incontournable du mouvement surréaliste. Imaginez la puissance de cette écriture… l’impact aussi sûr et pénétrant qu’une balle. Tchac. Jacques écrit. Tchac, tchac, tchac.
On peut lire, ici, une partie de sa correspondance :
(A savoir, si vous découvrez, que Vaché désigne par, « le peuple polonais », Théodore Fraenkel.)
Jacques Vaché par lui-même.
Tchac, tchac, tchac… prises de position. Ne tranche pas. Tchac ! Que diable ! Radical, Jacques ! « Nous n’aimons ni l’art, ni les artistes »… prémices de DADA. Vaché noir, noir obscur, grinçant, affreux, suintant de cynisme... son fameux « Umour »… fondation du mouvement d’André Breton.
Furieux Jacques. Insensé. Fou ! Arme au poing, il somme de faire arrêter la représentation des « Mamelles de Tirésias » d’Apollinaire. Personne ne relatera l’épisode. Sinon, Aragon.
Le déni de tout ce qui est art… "l’art est une sottise", on en fait "parce que c’est comme ça et pas autrement – well – que voulez-vous y faire ?"........ noir humour, humour noir. Glaçant. Et drôle, et alerte, étonnant, quand on lit. Prodigieusement intelligent. De quoi se passionner, oui, encore, oui.
1919, overdose d’opium … Jacques Vaché retrouvé nu dans un hôtel aux côtés d’un autre homme… homosexualité... on le savait... mais cette mort ? flou tout ça… suicide ? Accident idiot, dit-on. Pourtant, Jacques avait parlé dans une lettre à Théodore, d’une "fourberie"… d’une envie d’orchestrer sa mort… Honte de sa famille. Bourgeoisie nantaise. Sa petite sœur n’apprendra son existence que bien plus tard. On ne parle plus de Jacques, le sulfureux qui, dans ses lettres, livrait des noms… orgies… messes noires… « erreurs de jeunesse » de ceux qui devinrent des notables. Silence. Mort enterrée.
Pas pour André Breton, marqué à vie.
Cigales. Malaise un peu. Vaché ne nous salue pas. Car il ne saluait jamais.
Jacques Vaché

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